Le sport sur ordonnance existe depuis la loi du 26 janvier 2016. Un médecin prescrit une activité physique adaptée sur un formulaire médical, au même titre qu'un traitement classique. Le dispositif concerne aujourd'hui près de vingt millions de personnes atteintes d'une maladie chronique, d'une affection de longue durée ou d'une perte d'autonomie. Malgré cette ouverture large, la majorité des patients concernés n'a jamais reçu cette prescription et ignore souvent son existence. Fonctionnement, critères d'accès et raisons de cette méconnaissance persistante.
Une prescription médicale née de la loi de 2016
Le texte fondateur date du 26 janvier 2016, complété par le décret du 30 décembre 2016. Il autorise le médecin traitant à prescrire une activité physique adaptée aux patients atteints d'une affection de longue durée. Le dispositif entre en vigueur en mars 2017, avec l'appui des agences régionales de santé et des anciennes directions régionales de la jeunesse et des sports.
La loi du 2 mars 2022 visant à démocratiser le sport étend le champ d'application à de nouveaux publics. Les médecins spécialistes rejoignent les médecins généralistes parmi les prescripteurs autorisés. Les patients atteints de maladies chroniques ou présentant des facteurs de risque, comme l'hypertension ou l'obésité, accèdent à leur tour à cette prescription. Un professionnel de santé délivre alors l'activité physique adaptée : masseur-kinésithérapeute, ergothérapeute, psychomotricien ou enseignant diplômé en activité physique adaptée.
Les bénéficiaires du sport sur ordonnance
Trois profils de patients ouvrent droit à la prescription :
- les personnes atteintes d'une affection de longue durée reconnue par la Sécurité sociale ;
- les personnes atteintes d'une maladie chronique ou présentant un facteur de risque : surpoids, sédentarité, hypertension, dénutrition ;
- les personnes en perte d'autonomie : bénéficiaires de l'allocation personnalisée d'autonomie, titulaires de la carte mobilité inclusion ou reconnues par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées.
Cette liste couvre un public considérable, près de vingt millions de personnes selon les estimations issues de la loi de 2022. Le champ ne cesse de s'élargir : les patients atteints d'un cancer stabilisé accèdent désormais à un bilan médico-sportif spécifique, une extension appelée à s'étendre aux personnes diabétiques.
Pourquoi le dispositif reste-t-il si peu utilisé ?
Les chiffres racontent un décalage frappant entre le nombre de patients éligibles et le nombre de prescriptions rédigées. Un baromètre FFEPGV-Ipsos révèle que 67 % des Français n'ont jamais reçu la moindre recommandation d'activité physique de la part de leur médecin.
Seulement 12 % des médecins généralistes ont rédigé une ordonnance d'activité physique adaptée en 2024.
Plusieurs freins expliquent ce faible recours. La formation des médecins à la prescription sportive reste optionnelle durant leurs études. Aucun acte spécifique ni rémunération dédiée ne valorise cette consultation, contrairement à d'autres actes médicaux. Du côté des patients, l'absence de remboursement décourage une partie du public, tout comme la difficulté à trouver une offre d'activité physique adaptée près de son domicile. Des plateformes comme bougersurprescription.fr tentent de combler ce manque en recensant les structures et les professionnels proposant des séances d'activité physique adaptée partout en France.
De la prescription à la pratique
La démarche commence par une consultation avec le médecin traitant ou un médecin spécialiste. Celui-ci rédige, sur un formulaire dédié, une prescription précisant le type d'activité recommandé, l'intensité, la fréquence et les éventuelles contre-indications. Cette ordonnance ouvre droit à un bilan initial de la condition physique et à un bilan motivationnel, réalisés par un professionnel qualifié.
La prescription couvre une période de trois à six mois, renouvelable selon l'évolution du patient. Un masseur-kinésithérapeute renouvelle lui-même la prescription à son échéance, sauf avis contraire du médecin. Les activités concernées sont variées : marche, natation, renforcement musculaire, yoga, aquagym ou danse. Chacune s'adapte à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical du patient.
Un remboursement partiel, en pleine évolution
L'Assurance Maladie ne couvre pas les séances d'activité physique adaptée du patient. Cette absence de prise en charge nationale reste le principal frein identifié par les professionnels de santé. Des solutions existent, à des degrés variables selon le territoire et la situation du patient.
| Type de prise en charge | Qui la propose | Ce qu'elle couvre |
|---|---|---|
| Aide locale | Collectivités territoriales, CCAS, agences régionales de santé | Financement partiel ou total selon la commune |
| Remboursement mutuelle | Complémentaires santé | Séances remboursées sur présentation de l'ordonnance |
| Crédit d'impôt | Services à la personne | 50 % du coût d'un coach à domicile, exonération dès 70 ans |
Un décret entré en vigueur en 2026 ouvre une expérimentation de remboursement pour les patients atteints d'un cancer, une première depuis la création du dispositif en 2016. La stratégie nationale sport santé 2025-2030 fixe par ailleurs un objectif chiffré : doubler le nombre de personnes accueillies en maison sport-santé d'ici 2030.
